En résumé
- 1Le besoin en courant se calcule en fin de vie, pas à la mise en service
- 2Trois facteurs suffisent au premier calcul : surface, densité de courant, coefficient de dégradation du revêtement
- 3La résistance du déversoir conditionne la tension du transformateur-redresseur, via la formule de Dwight
- 4En galvanique, deux calculs sont à mener en parallèle : le débit instantané et la masse d'anodes sur la durée de vie
Dimensionner, c'est répondre à trois questions
Un dimensionnement de protection cathodique se ramène à trois questions successives : quel courant faut-il délivrer, comment le faire circuler, et pendant combien de temps.
La première relève de l'électrochimie et de l'état du revêtement. La deuxième de la loi d'Ohm appliquée au circuit anode-sol-structure. La troisième de la consommation des anodes. Sauter l'une des trois produit une installation qui fonctionne à la réception et défaille des années plus tard.
Étape 1 — Le courant nécessaire
Le calcul de base est simple : le courant à délivrer est le produit de la surface à protéger, de la densité de courant de protection du métal dans son environnement, et d'un coefficient qui traduit la proportion de surface réellement exposée à travers les défauts du revêtement.
La surface à protéger
Pour une canalisation, c'est la surface latérale extérieure : le produit du diamètre extérieur, de la longueur et de pi. Une conduite DN 300 sur 5 kilomètres développe environ 5 000 m² de surface — un chiffre qui surprend souvent.
La densité de courant de protection
C'est le courant par unité de surface d'acier nu nécessaire pour atteindre le critère de protection. Elle dépend fortement du milieu : quelques dizaines de milliampères par mètre carré en sol aéré et agressif, nettement moins en sol compact et pauvre en oxygène. L'étude d'environnement fournit cette valeur ; la reprendre d'un projet voisin sans vérification est une source d'erreur classique.
Le coefficient de dégradation du revêtement
C'est le paramètre qui détermine tout, et le plus délicat à choisir. Un revêtement neuf en polyéthylène tricouche laisse une proportion infime d'acier exposée. Un brai de houille de quarante ans, cloqué et décollé, peut en exposer plusieurs pour cent.
⚠️ Attention
Ce coefficient n'est pas une constante : il croît avec le temps. Un dimensionnement établi sur la valeur initiale conduit à un système sous-dimensionné à mi-vie. La règle est de calculer sur la valeur estimée en fin de période de conception, et de vérifier que le système reste réglable sur toute la plage.
Étape 2 — La résistance du circuit
Le courant ne circule que s'il franchit la résistance du circuit, dominée par la résistance de mise à la terre des anodes. La structure elle-même, bien revêtue, présente une résistance faible en comparaison, et les câbles sont négligeables si leur section est correcte.
La formule de Dwight
Pour une anode verticale unique, la résistance de mise à la terre se calcule par la formule de Dwight, qui fait intervenir la résistivité du sol, la longueur de l'anode et son diamètre. Deux enseignements pratiques en découlent.
D'abord, la résistance est proportionnelle à la résistivité du sol : doubler la résistivité double la résistance, donc double la tension nécessaire à courant égal. Ensuite, la longueur de l'anode agit beaucoup plus efficacement que son diamètre — allonger une anode réduit sa résistance bien plus qu'élargir son diamètre.
Les déversoirs multi-anodes
Lorsqu'une anode ne suffit pas, on installe un déversoir de plusieurs anodes. Leur résistance ne se divise pas simplement par leur nombre : chaque anode perturbe le champ des voisines, un effet d'interférence mutuelle que traduit l'équation de Sunde. Espacer les anodes atténue cet effet, au prix de l'emprise foncière.
Le remblai conducteur, ou backfill, joue ici un rôle majeur : en entourant l'anode d'un matériau à faible résistivité, il augmente son diamètre électrique apparent et abaisse sensiblement la résistance.
✅ Conseil
Le backfill n'est pas un accessoire optionnel. Il homogénéise le contact avec le sol, réduit la résistance et prolonge la durée de vie de l'anode en évitant les attaques localisées. Son omission est une fausse économie.
Étape 3 — Le choix de la source
En courant imposé
La tension de sortie du transformateur-redresseur découle de la loi d'Ohm : elle doit couvrir le produit du courant de conception par la résistance totale du circuit, majoré d'une réserve pour absorber la dégradation future du revêtement et l'augmentation de la résistance des anodes.
Une réserve trop faible condamne à remplacer l'appareil en cours de vie ; une réserve démesurée conduit à travailler en permanence en bas de plage, où la régulation est moins fine. Un facteur de l'ordre de 1,5 à 2 sur la tension calculée constitue une pratique courante, à ajuster selon la qualité du revêtement.
En galvanique
Deux calculs indépendants doivent être menés, et c'est l'oubli du second qui cause le plus de déconvenues.
Le premier vérifie que le débit est suffisant : la tension motrice de l'anode, divisée par la résistance du circuit, doit couvrir le besoin en courant. Le second vérifie que la masse d'anodes tient la durée de vie visée.
Ce calcul de masse fait intervenir le courant débité, la durée en années, le taux de consommation du métal — de l'ordre de 8 kg par ampère et par an pour le magnésium — divisé par le produit du rendement de courant et du coefficient d'utilisation. Le rendement du magnésium, voisin de 50 %, pénalise fortement ce bilan : la moitié du métal se consomme en réaction parasite.
💡 Bon à savoir
Un exemple d'ordre de grandeur : 500 mA à délivrer pendant 20 ans en magnésium représentent, rendement et coefficient d'utilisation pris en compte, une masse d'anodes de plusieurs centaines de kilogrammes. C'est souvent ce chiffre qui fait basculer un projet vers le courant imposé.
Étape 4 — La répartition sur le linéaire
Un dimensionnement correct au poste ne garantit pas la protection à l'extrémité de la canalisation. Le courant s'atténue en s'éloignant du point d'injection, d'autant plus vite que le revêtement est dégradé et que la résistance longitudinale de la conduite est élevée.
Cette atténuation détermine la portée de protection, donc l'espacement des postes sur un linéaire important. Elle se vérifie par le calcul au stade de la conception, puis par des mesures de potentiel réparties à la mise en service.
Les joints isolants jouent ici un rôle structurant : ils délimitent les tronçons protégés, empêchent la fuite du courant vers les ouvrages voisins et permettent de sectionner le réseau en zones maîtrisables.
Les pièges les plus fréquents
Dimensionner sur le besoin initial et non sur le besoin en fin de vie. C'est l'erreur la plus répandue et la plus coûteuse.
Reprendre une densité de courant issue d'un autre projet sans réaliser l'étude d'environnement du site.
Négliger les structures voisines : une canalisation étrangère non isolée capte une partie du courant et fausse tout le bilan, en plus de créer un risque d'interférence.
Oublier la vérification de la portée de protection et n'instrumenter que le voisinage du poste.
Sous-estimer la résistivité du sol en ne réalisant qu'un sondage, alors qu'elle varie avec la profondeur, la saison et la nature des terrains traversés.
